L’uranium en France

La France, pays le plus nucléarisé au monde, compte 58 réacteurs. Mais derrière les centrales, qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg, se cache toute une industrie de l’uranium. Présentée comme un "cycle vertueux" par le lobby de l’atome, cette industrie constitue en réalité une chaîne du combustible sale, polluante et non-maîtrisée de la mine jusqu’aux déchets. Extraction, transformation, enrichissement, combustion, retraitement, utilisation militaire, chaque étape engendre des pollutions radioactives, génère tous les jours des transports dangereux, expose les populations à des risques majeurs et produit des déchets qui resteront radioactifs et nocifs pendant des milliers d’années.


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La France se fournit en uranium à l’autre bout de la planète

La France se fournit en uranium à l’autre bout de la planète, principalement au Niger, au Kazakhstan, au Canada et en Australie. Après avoir été extrait de la roche, l’uranium subit ses premières transformations pour devenir une pâte jaune : le yellow cake. Il est ensuite acheminé en France, par bateau jusqu’aux ports de Sète et du Havre et poursuit son long et dangereux périple à travers l’Hexagone.

Fortement consommatrice en eau, l’extraction de l’uranium est aussi très polluante. Les poussières des mines à ciel ouvert se dispersent au gré des vents, contaminant l’air, les sols et les nappes phréatiques. Des tonnes de stériles et résidus radioactifs sont laissés sur place, exposant les populations locales aux radiations. De nombreux mineurs sont atteints de cancers.

Arrivé en France, l’uranium est de nombreuses fois transformé et transporté

L’uranium naturel n’étant pas suffisamment concentré, il faut l’enrichir pour pouvoir l’utiliser dans les réacteurs. Il subit donc de nombreuses transformations, qui nécessitent de le transporter d’un lieu à l’autre.

L’usine Comurhex de Malvési : la porte d’entrée d’un quart du nucléaire mondial

Il est tout d’abord envoyé, par train, à l’usine Comurhex de Malvési, près de Narbonne (Aude), pour y être "purifié".

La société Comurhex, filiale du groupe AREVA, met en œuvre un procédé de purification de l’uranium, pour le transformer en un dérivé fluoré (UF4). Elle comprend des bassins d’évaporation et de décantation, dans lesquels sont entreposés les déchets et des radionucléides artificiels issus des activités industrielles passées du site.

La Comurhex n’est pas une petite usine : elle traite 26 % de la production mondiale d’uranium, ce qui en fait la porte d’entrée du nucléaire français et d’une bonne partie de l’industrie nucléaire mondiale.

L’usine Comurhex de Pierrelatte : une installation exposée au risque sismique

Chaque jour, près de 60 tonnes d’UF4 sortent de l’usine de Malvési pour être envoyées à l’usine Comurhex de Pierrelatte, sur le site nucléaire du Tricastin (Drôme) par camion citerne.

À l’usine Comurhex I de Pierrelatte (sur le site la construction de la Comurhex 2 est en cours), l’UF4 subit un processus de « conversion » : il est transformé en hexafluorure d’uranium (UF6). Comme cette substance est chaude et liquide, elle reste entreposée sur place pendant plusieurs jours dans des conteneurs pour refroidir et cristalliser.. L’UF6 est ensuite expédié vers les usines d’enrichissement d’uranium.

Cette activité de conversion n’est pas sans risque. En 2011, huit incidents ont été répertoriés et l’Autorité de Sûreté Nucléaire considérait que les résultats du site en matière de sûreté étaient insuffisants. Surtout, d’après des évaluations réalisées suite à la catastrophe de Fukushima, l’usine pourrait ne pas résister à un séisme.

George Besse : de la diffusion gazeuse à l’enrichissement par centrifugation

En France, l’enrichissement est réalisé à l’usine George Besse, elle aussi située sur le site du Tricastin, par un processus de centrifugation gazeuse. Rappelons que le procédé utilisé est le même que celui qui permet de fabriquer les matériaux pour les bombes : il suffit pour cela de laisser l’uranium plus longtemps dans la centrifugeuse.

FBFC : le premier producteur mondial d’assemblages de combustible nucléaire

Après enrichissement, la poudre d’uranium est conditionnée sous forme de pastilles qui sont placées dans des tubes, également appelés "crayons", formant les barres de combustible. Cette activité est réalisée à Romans-sur Isère, à l’usine FBFC, filiale d’AREVA, qui est le premier producteur mondial de combustible pour les réacteurs du même type que ceux utilisés en France. Hautement radioactif, ce combustible est ensuite acheminé vers les 19 centrales nucléaires françaises, le plus souvent par train dans des conteneurs spéciaux appelés CASTOR.

En 2011, 15 incidents significatifs sont survenus dans cette installation.

Les déchets, un héritage impossible à gérer

Le retraitement, une option inutile, coûteuse et dangereuse

Après utilisation dans les réacteurs, le combustible usé est stocké sur place dans des piscines pour 18 mois. Puis il est à nouveau chargé dans des CASTOR pour rejoindre l’usine AREVA de La Hague (Manche). Situé à 25 kilomètres à l’ouest de Cherbourg, le site est le premier opérateur mondial du traitement du combustible. Là, ces déchets seront, selon le terme consacré par le lobby nucléaire, "retraités". Il ne s’agit en aucun cas de recyclage, cette opération consistant juste à séparer les différents radio-éléments du combustible usé : 95 % d’uranium, 1 à 2 % de plutonium et 4 % de produits de fission et actinides mineurs. Ces derniers, qui contiennent plus de 99 % de la radioactivité du combustible usé, sont coulés dans du verre ; ce sont les déchets vitrifiés. Ceux issus des compagnies d’électricité étrangères sont renvoyés dans leur pays d’origine, les déchets français étant entreposés sur site dans l’attente d’une hypothétique solution.

La Hague est une véritable bombe à retardement : on y manipule des matières hautement radioactives. D’autant que la sûreté n’est pas la préoccupation première de l’exploitant : de nombreux incidents y on eu lieu et ces derniers mois, l’ASN a mis plusieurs fois AREVA en demeure pour non respect de la réglementation. Loin du mythe du recyclage et d’une gestion maitrisée, l’industrie nucléaire est en réalité incapable de gérer ses déchets. Et les "retraiter" ou les enfouir est le seul moyen qu’elle a trouvé pour les cacher...

Déchets nucléaires, ne pas enfouir, arrêter d’en produire

Les déchets les plus radioactifs pourraient d’ici 2025 être envoyés à Bure, dans la Meuse, pour y être stockés à 500m de profondeur dans une installation gigantesque dénommée Cigéo.
Déjà, il existe des preuves de l’absence de fiabilité géologique du sous-sol, de la fragilité des conteneurs et des possibilités que la poubelle nucléaire "fuie" un jour, provoquant une remontée de la radioactivité en surface. Mais pour assurer la survie de l’industrie nucléaire, ses promoteurs ont besoin d’afficher l’image d’une gestion maîtrisée des déchets, quitte à cacher ce qui les dérange.

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Les transports, talon d’Achille de la chaîne du combustible

Toute cette chaîne du combustible génère des transports dangereux incessants, du fait de la dispersion des installations nucléaires sur tout le territoire. Par bateaux, trains ou camions, l’uranium, et ses dérivés circulent en permanence dans l’Hexagone, augmentant ainsi les risques d’accident ou de malveillance.

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Ensemble, barrons la route à l’uranium

Du Niger à la France, du Tricastin à La Hague, de Tchernobyl à Fukushima, le nucléaire et son uranium sont omniprésents et nous sommes tous d’ores et déjà affectés par les pollutions qu’ils génèrent. Alors, ensemble, refusons que cette industrie empoisonne nos vies ! Barrons la route à l’uranium, bloquons la chaîne du combustible et ouvrons la voie aux alternatives !

Nucléaire : de la mine aux déchets, nous sommes tous concernés