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Associated Press (1) - 26/04/08

Tchernobyl : des Bélarusses manifestent contre l’envoi de jeunes diplômés dans les zones contaminées

Vingt-deux ans après Tchernobyl, quelque 3.000 manifestants bélarusses ont défilé samedi à Minsk, accusant le gouvernement de dissimuler les conséquences de la catastrophe survenue en Ukraine voisine et ne plus aider les victimes. Nombre de manifestants entendaient dénoncer également les affectations forcées de jeunes diplômés de l’université dans d’anciennes zones contaminées.

La centrale nucléaire de Tchernobyl se trouve juste au sud de la frontière avec le Bélarus, frappé de plein fouet par le nuage radioactif provoqué par l’explosion du réacteur N°4 le 26 avril 1986.

Ces dernières années, le gouvernement bélarusse a retiré environ un millier de villes et villages de la liste des zones à risque, malgré un risque persistant pour la santé, selon ses détracteurs. Les statistiques sanitaires sur les zones contaminées, qui représentent environ 23% de la surface du pays, sont gardés sous scellés par le régime du président Alexandre Loukachenko, qui assure que les zones retirées de la liste noire sont sûres.

Les manifestants ont accusé le pouvoir de refuser toute aide aux personnes victimes de la catastrophe, y compris les "liquidateurs" qui travaillèrent à la décontamination. "Le gouvernement a aboli nos pensions pour nous enterrer avec les problèmes. Loukachenko est simplement en train d’enterrer ces gens qui ont liquidé la catastrophe", accusait Valery Iagour, 56 ans, un manifestant qui fit partie des "liquiditateurs".

Les manifestants ont aussi dénoncé la proposition de construction d’une centrale nucléaire, tandis que M. Loukachenko a qualifié d’"ennemis (du) peuple" les adversaires du projet.

Dans le cortège, Constantin Timokhov, 21 ans, a dit redouter que le gouvernement ne l’oblige à travailler dans une zone contaminée à sa sortie de l’université. "Le gouvernement nous cache la vérité. Ma santé et mon avenir sont en danger".

Kassia Markouskaïa, 23 ans, devra passer deux ans à Bouda-Kochelyovo, une ville de la zone contaminée, après son diplôme de la faculté de journalisme au printemps. Elle va remplacer un jeune diplomé envoyé l’an dernier travailler au journal "Avangard" qui est rentré à Minsk.

"Ma situation n’est pas très différente de celle d’un esclave qui est forcé à faire un travail dangereux", expliquait-elle récemment à l’Associated Press. Si elle refuse l’affectation, elle se verra retirer son diplôme ou devra rembourser à l’Etat ses frais d’éducation. Quand elle est entrée à l’université, ces mesures n’étaient pas en vigueur.

Les affectations obligatoires ont commencé l’an dernier et environ un quart des 21.000 jeunes diplômés de cette année sont envoyés dans des zones contaminées. Le vice-Premier ministre Alexandre Kosinets a justifié vendredi cette politique devant le Parlement en expliquant qu’il fallait pallier le manque de médecins, de professeurs, d’ouvriers agricoles ou d’autres spécialistes dans ces régions.

Environ 800 diplômés ont refusé l’an dernier de prendre leurs affectations obligatoires, selon le ministère de l’Education. Des poursuites judiciaires ont été intentées contre 99 d’entre eux.

Les niveaux de radiation ont beaucoup décliné dans la plupart des zones proches de Tchernobyl, mais les scientifiques divergent sur l’état du risque. Certains médecins qui travaillent dans les villes qui se trouvaient sur le passage du nuage assurent que les effets sanitaires de Tchernobyl se font toujours sentir. AP