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Associated Press (2) - 26/04/08

La construction d’un nouveau sarcophage se prépare à Tchernobyl, 22 ans après la catastrophe

Vingt-deux ans après la catastrophe, des travaux sont en cours pour préparer la construction d’un nouveau sarcophage qui recouvrira les ruines du réacteur N°4 de l’ancienne centrale nucléaire de Tchernobyl afin de prévenir toute nouvelle contamination.

"Quand nous aurons achevé ce projet, nous atteindrons l’objectif d’un état de sûreté à Tchernobyl", explique Vince Novak, directeur du département de sûreté nucléaire à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) qui supervise ce projet de 505 millions de dollars (324 millions d’euros).

Le sarcophage original de béton et de fer a été construit à la hâte, en six mois seulement, au-dessus du réacteur qui explosa le 26 avril 1986, provoquant un immense nuage radioactif qui allait survoler une grande part de l’URSS et la majeure partie du nord de l’Europe. Guère étanche, il s’est fissuré, menaçant même de s’effondrer.

L’intense radioactivité a affaibli la structure, selon la Commission de régulation nucléaire américaine. Elle a également été endommagée par les eaux de pluie et la neige qui ont pénétré par des fissures dans le toit, selon les experts. Les autorités estiment que si une tornade ou un tremblement de terre frappaient la région, le sarcophage pourrait s’écrouler dans un nuage de dangereuse poussière radioactive.

"Cette installation possède une sécurité faible ou limitée", explique Valery Bikov, vice-président de la Commission de régulation nucléaire ukrainienne. "Certains facteurs extérieurs peuvent créer de dangereux incidents radioactifs comme l’émission de poussières et leur propagation sur de grandes distances".

La construction du nouveau sarcophage s’inscrit dans le cadre d’un projet de 1,4 milliard de dollars (environ 900 millions d’euros), financé par des donateurs internationaux, entamé en 1997. Il prévoit de réparer le vieux sarcophage, surveiller le niveau de radioativité, former des experts et construire une immense enceinte de confinement en acier qui se superposera à l’actuelle structure.

La première étape, le renforcement du sarcophage, est presque terminée, selon les responsables ukrainiens et de la BERD. Plus tard, une arche de 105 mètres de haut, 260 de large et 150 mètres de long, pensant 20.000 tonnes, sera construite et glissée au-dessus du vieux sarcophage.

La façade sera recouverte de métal et l’arrière adossé au mur du réacteur adjacent N°3. La construction de l’arche doit commencer l’an prochain pour s’achever en 2012. Elle est conçue pour durer cent ans.

Le projet est réalisé par le consortium français Novarka, qui réunit les groupes Bouygues et Vinci.

Pour minimiser les risques d’irradiation, des ouvriers portant des combinaisons de protection et des masques construiront l’arche sur une aire d’assemblage située à 120 mètres environ du réacteur. Les spécialistes qui devront s’approcher plus près du réacteur effectueront des rotations pouvant ne pas excéder quelques minutes.

Une fois l’arche érigée, les parties les plus instables de l’ancien sarcophage et du réacteur seront démantelées et retirées. Dans 50 ans, le carburant radioactif fondu sera extrait du réacteur, bien qu’on ne sache pas encore exactement où il sera stocké.

Les experts ne sont pas d’accord sur la quantité de matière radioactive demeurant à l’intérieur du réacteur. La BERD estime que 95% de la matière reste dans les ruines, mais certains spécialistes pensent que la majeure partie s’est en fait échappée dans les jours qui ont suivi l’accident.

Les scientifiques débattent aussi toujours de la solution la plus adaptée, alors même que le projet de nouveau sarcophage a commencé. Certains auraient préféré d’autres techniques comme enrober le réacteur dans du béton, ou le démanteler. D’autres jugent que le gouvernement ukrainien devrait davantage se préoccuper de la menace sanitaire posée par les sols et nappes phréatiques contaminés notamment, ainsi que par les déchets radioactifs.

Aujourd’hui l’Ukraine compte 15 réacteurs pour quatre centrales nucléaires, qui produisent la moitié de son électricité. Aucune n’est du type de celle de Tchernobyl. AP