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La gestion de la catastrophe de Tchernobyl en 1986

Ramuntxo Garbisu - Des milliers de personnes ont été sacrifiées pour contenir la fusion du réacteur nucléaire N°4 de Tchernobyl : Valeri Legassov, un haut fonctionnaire soviétique chargé des questions nucléaires, se suicidera en voyant la manière dont l’accident a été géré par les autorités.
Afin d’éteindre l’incendie survenue dans le 4ème réacteur nucléaire de Tchernobyl, le Directeur de la centrale appelle simplement les pompiers. Ceux-ci, venus de Pripyat, située à 3km de la centrale, interviennent sur les lieux sans équipement particulier : gravement irradiés, ils seront évacués et mourront pour la plupart.
Afin d’éviter que le magma en fusion ne rentre en contact avec l’eau et provoque une explosion qui disperserait dans l’atmosphère d’immenses quantités de matière radioactive, des plongeurs sont envoyés afin de fermer les vannes et installer un système de pompage pour vider les salles noyées. Eux non plus ne survivront pas à cette initiative. L’incendie finira par être éteint par projection dans le brasier de sacs de sable et de plomb depuis des hélicoptères. Dès lors, le graphite toujours en combustion, mélangé au magma de combustible qui continue de réagir, dégage un nuage de fumée saturé de particules radioactives.
La collecte à la main des débrits très radioactifs. La première opération de rembalyage du cratère dans la centrale est réalisée grâce à un ballet d’hélicoptères militaires de transport : plus de mille pilotes se relaient alors pour larguer dans le trou béant 5 000 tonnes de sable, d’argile, de plomb, de bore, de borax et de dolomite, un mélange qui permettra de stopper la réaction nucléaire et d’étouffer l’incendie du graphite afin de limiter les rejets radioactifs. On estime que, en 8 secondes, les pilotes reçoivent 3 000 fois la dose maximale tolérée par an en France pour une personne. Sur le toit et aux alentours immédiats de la centrale, des opérateurs, surnommés les liquidateurs, sont chargés dans les premiers jours suivant la catastrophe de collecter les débris très radioactifs. Chaque opérateur ne dispose que de 90 secondes pour effectuer sa tâche. Il est exposé à cette occasion à des niveaux de radiations extrêmement élevés dont ne le protègent guère des équipements de protection dérisoires, principalement destinés à l’empêcher d’inhaler des poussières radioactives. Un grand nombre de ces travailleurs en première ligne ont développé par la suite des cancers et sont morts dans les années qui ont suivi.
Les manoeuvres pour éviter une réaction en chaine. Une nouvelle équipe de pompiers envoyée pour évacuer cette eau est alors chargée d’ouvrir les vannes de vidange de la piscine de surpression située sous le plancher de la cavité du réacteur. Ceux-ci travailleront toujours sans protection et y laisseront leur vie. Quand, sous le coeur du réacteur en fusion, la dalle de béton menace de fondre, on fait appel à 400 mineurs des environs de Moscou pour creuser un tunnel de 167 mètres de long menant sous le réacteur afin d’y construire une salle. Un sacrifice humain inutile, puisque une autre solution sera finalement adoptée pour stabiliser la fusion en cours.
Valeri Legassov, un haut fonctionnaire soviétique chargé des questions nucléaires, se suicide en voyant la manière dont l’accident a été géré par les autorités, et publie à titre posthume un article dans la Pravda. Le 6 mai, soit 11 jours après l’accident, l’émission du réacteur tombe en moins de vingt minutes à 1/50 de sa valeur précédente, puis à quelques curies par jour.
Le bilan des victimes de Tchernobyl. L’explication sur la réaction nucléaire ne sera connue qu’en 1988, suite aux forages horizontaux faits à cette date à travers le bloc 4 par l’institut Kurtchatov : le fond du réacteur avait cédé d’un coup, et le coeur fondu en lave liquide s’était écoulé puis définitivement solidifié 20 m plus bas dans les infrastructures, dans la piscine de suppression de pression qui avait heureusement été vidée. La population avoisinnante ne sera informée que le lendemain de la tragédie et un spectacle d’enfant, le "marathon de la paix" sera tout de même organisé le 26 avril à proximité de la centrale. Le président russe Mikhaïl Gorbatchev n’est informé officiellement lui aussi que le lendemain, 27 avril. Le rapport qui lui est transmis parlera d’une explosion, de la mort de deux hommes, et de l’arrêt partiel de la centrale.
Les bilans humains officiels variaient à l’époque entre 50 morts et quelques milliers. On estime qu’aujourd’hui que près de 6 millions de personnes vivent dans une superficie de 200.000 km2 où les contaminations radioactives multiplient par deux les cas de cancers et de malformations congénitales, tandis que le taux de mortalité est passé à deux fois celui du taux de natalité.