L’Est Républicain (2)

"Non aux poubelles nucléaires"

Hier, à Juzennecourt (Haute-Marne), des opposants de tout le grand Est ont manifesté contre les projets de sites d’enfouissement de déchets radioactifs menés par l’Andra.

« Oui à la Haute-Marne radieuse, non à la Haute-Marne irradiée ». Le minuscule et pittoresque village de Juzennecourt (52) a été hier après-midi le théâtre d’une manifestation bruyante contre les projets de décharges, menés par l’Andra, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs dans le grand Est.

Si ce mouvement d’humeur n’a rassemblé qu’une bonne centaine de personnes, il est emblématique de la colère et de l’exaspération qui règnent dans de nombreuses communes de Champagne-Ardenne, de Lorraine et d’Alsace. « Il faut savoir que l’Andra a proposé la création d’un site d’enfouissement à plus de 3.000 villages », tonne Michel Marie, animateur au Cedra, collectif d’associations de défense de l’environnement.

Retombées économiques ?

« A notre connaissance, plus d’une trentaine ont été retenues et se sont montrées favorables à la réalisation d’un stockage souterrain. Trois seront sélectionnées et ensuite, l’agence fera son choix... C’est à croire que notre région ambitionne de devenir une poubelle nucléaire. Les élus font confiance aux affirmations de l’Andra sans chercher à obtenir des informations plus précises. C’est une catastrophe ».

A Juzennecourt, le conseil s’est prononcé en octobre dernier pour la création d’une décharge, par six voix pour et trois contre. Rapidement, les opposants se sont rassemblés au sein d’une association baptisée « Respirons propre ! 52 », présidée par la dynamique Marie Pascale Laheyne-Simonot.

« Nous voulons que les élus reviennent sur leur décision en organisant une consultation démocratique, lâche-t-elle. Nous avons fait circuler une pétition qui a recueilli 87 % d’avis défavorables. Au maire d’en tirer les conséquences ».

La présidente de « Respirons propre ! 52 » a parfaitement compris pourquoi de nombreuses localités cèdent si facilement aux sirènes de l’Andra : « Il s’agit le plus souvent de communes en perte de vitesse, elles ne disposent que de faibles ressources financières et l’agence leur fait miroiter des retombées économiques ».

Selon Michel Marie, la création d’un site d’enfouissement de déchets radioactifs dits FAVL, c’est-à-dire à « faible activité à vie longue », s’accompagnerait de « 400 emplois pendantquatre ans. Ensuite, il faudrait 50 personnes puis à terme 4 ou 5 gardiens ! ».

Un moratoire

Pour le représentant de l’Andra, rien ne justifie pareil projet, surtout pas la nature du sous-sol. « Nous avons travaillé avec des géologues, leurs conclusions sont effarantes : on a du karst, du calcaire, de multiples nappes phréatiques. En cas de pépin, tout se dirigerait vers le bassin parisien. D’ailleurs, c’est la même chose à Bure, voilà pourquoi le projet meusien a été un peu ralenti ».

A l’instar de tous les manifestants, Daniel Marie demande au gouvernement un moratoire sur les déchets nucléaires. Pourquoi ? « Parce qu’on sait maintenant que l’enfouissement ne règle pas le problème de la toxicité. Le chlore 26 qu’on trouve par exemple dans les graphites qui équipaient les centrales nucléaires de première génération devient inoffensif au bout de 3 millions d’années. Veut-on profiter de l’électricité atomique pendant trente ans et en faire payer le prix à plus de 100.000 générations ? Ce n’est plus un problème écolo, c’est une question d’éthique. Le drame, c’est que personne, que pas un pays ne sait ce qu’il faut faire des déchets ».
Une évidence qui fait froid dans le dos.

Dominique Campistron