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L’Est Républicain - 27/04/08

Tchernobyl, la piqûre de rappel

22e anniversaire de la catastrophe : plus de 5.000 personnes ont manifesté hier en France et en Europe contre les dangers de l’atome.
« Des masques pour Chernobyl day »... Hier en France, mais aussi dans plusieurs pays riverains touchés par le fameux nuage généré par la catastrophe ukrainienne, le Réseau Sortir du nucléaire a voulu porter la symbolique de son combat contre l’atome à l’échelle internationale. « Grâce aux 58 réacteurs en activité dans notre pays, nous sommes la plus grosse organisation antinucléaire du monde ! », ironise Stéphane Lhomme, le porte-parole de cette association qui a souvent fait parler d’elle, notamment en refusant de participer au Grenelle de l’environnement, où ce type d’énergie n’a jamais été battu en brèche, bien au contraire. Hier donc, le Réseau a mobilisé ses sympathisants sur plus de 130 initiatives, donc une quarantaine hors de l’Hexagone, devant des mairies, des préfectures ou à proximité de sites nucléaires civils et militaires, banderoles en main et masques immaculés sur le nez, « pour signifier toutes les victimes anonymes, ces millions de gens qui continuent à bouffer des produits contaminés par le césium dans les régions voisines de la centrale, et tous ces gens malades partout en Europe où les cancers de la thyroïde sont en constante augmentation depuis le passage du nuage », ajoute le militant.

Retombées à vie longue
Selon le Réseau, plus de 5.000 personnes ont ainsi manifesté leur opposition « au piège atomique » et au syndrome d’un accident dont les retombées sont très loin de s’estomper, puisque la pollution radioactive et ses effets vont continuer à exercer leur pouvoir de nuisances pendant des siècles. « Par rapport aux autres années, nous avons voulu formaliser cette date du 26 avril afin qu’elle devienne la journée mondiale contre le nucléaire », poursuit Stéphane Lhomme, « et ce coup d’essai très réussi nous conforte dans notre idée ». Manifestations pacifiques en France et en Europe, recueillement en Ukraine, vingt-deux ans après l’explosion du réacteur n° 4 de la centrale Lénine, la plaie reste ouverte et ce n’est pas le démarrage prévu cette année du chantier pharaonique de construction d’une arche de 18.000 tonnes d’acier censée, d’ici 2012, empaqueter le vieux sarcophage de béton et de ferrailles érigés à la hâte entre avril et novembre 1986 qui pourra la cicatriser, d’autant que ce nouveau et gigantesque tombeau est conçu pour durer un siècle. Aujourd’hui, 5 à 8 millions de personnes résident toujours dans des zones gravement contaminées « et dans un rayon de 300 km autour de la centrale, la situation sanitaire continue de se dégrader. Un rapport récent du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), indique que l’Ukraine et le Belarus sont les deux seuls pays d’Europe où l’espérance de vie est en baisse. Certes, on ne peut pas apposer le tampon Tchernobyl sur chaque tumeur ou chaque apparition d’un cancer de la thyroïde, mais cette situation est tout de même très symptomatique », observe le porte-parole de l’ONG.

Lobby
En France, après une plainte contre X, en mars 2001, déposée par la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité ( CRII-Rad) et l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT), le dossier du « nuage fantôme » est toujours à l’instruction, « il suit son cours », soupire Stéphane Lhomme, « dans cette affaire, on se heurte toujours au lobby du nucléaire qui se range systématiquement derrière l’absence de preuve sur la responsabilité de l’accident dans le développement de cancers de la thyroïde ».
Tout le drame de Tchernobyl est là, dans les estimations de la surmortalité et les incertitudes quant aux impacts complets de la catastrophe. « C’est pourquoi il ne faut surtout pas l’oublier. Les 435 réacteurs nucléaires actuellement en service sur la planète sont vieillissants et devront être fermés dans les prochaines années. Il faut profiter de cette occasion pour hâter la fin d’une technologie dépassée », martèle le militant dont l’association appelle à manifester une nouvelle fois le 12 juillet à Paris. « Dans le cadre de la présidence française de l’UE, Sarkozy reçoit ce jour-là les chefs d’Etat des Vingt-Sept et ceux de l’Union pour la Méditerranée, dont Khadafi, pour expliquer à tout ce beau monde que le nucléaire est une énergie propre et renouvelable, comme si Tchernobyl n’avait jamais existé ».

Le 30 avril, le supplément Terra Magazine de notre journal reviendra très abondamment sur le dossier Tchernobyl et notamment sur le chantier du futur sarcophage de la centrale.

Patrice COSTA