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Dijonscope

Nucléaire : pourquoi ça ne vaut pas le coup...

Vingt-quatre ans après la catastrophe de Tchernobyl, le monde est toujours partagé entre les pros et les anti-nucléaires. Quels sont les arguments de chacun ? dijOnscOpe organise le débat et donne la parole à Roland Essayan, membre du Réseau sortir du nucléaire en Côte-d’Or, pour commencer. Dans la première partie de son interview, ce professeur de biologie à Autun (Saône-et-Loire, 71) revient sur les risques majeurs du nucléaire : accidents, déchets, dépendance... "Parce que la menace d’un Tchernobyl n’est jamais loin"

"Lors de la tempête de 1999, il y a eu une grosse tempête en Gironde : de l’eau a réussi a passé les digues de la centrale nucléaire du Blayais. Il n’y a pas eu de dégât mais ça aurait pu (voir le lien ci-dessous sur le rapport du député Claude Birraux à ce sujet). Nous ne sommes pas à l’abri de ce genre d’incident car nous ne contrôlons pas les éléments : tempêtes, séïsme, tsunami. De même, il pourrait y avoir une chute d’avion. En Ecosse, un avion militaire est tombé à un kilomètre d’une centrale (1*) ! Au Japon, il y a eu un séisme et ils ont dû arrêter la centrale de Kashiwazaki (2*) à cause de fuites..."

[(1*) Aucune source ne confirme cette information sur le crash d’un avion en Ecosse. Mais sur l’argument d’un accident de ce type, il faut noter le classement sans suite en faveur de Stéphane Lhomme, porte-parole du Réseau "Sortir du nucléaire", menacé de cinq ans de prison pour avoir révélé la vulnérabilité du réacteur nucléaire European/Evolutionary Pressurized Reactor (EPR) en cas de crash d’avion de ligne. Une procédure au cours de laquelle Stéphane Lhomme a été placé deux fois en garde à vue, en 2006 et en 2008. En novembre 2003, le Réseau "Sortir du nucléaire" révélait en effet détenir un document confidentiel défense issu d’EDF assurant que le réacteur français EPR n’est pas conçu pour résister à un crash d’avion de ligne. Source : Réseau "Sortir du nucléaire"]

[(2*) La centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa a dû s’arrêter totalement de fonctionner le 16 juillet 2007 en raison d’un séisme de magnitude 6,8 sur l’échelle de Richter qui avait provoqué un incendie et des fuites d’eau contenant des éléments radioactifs de ces réacteurs. Malgré cela, les réacteurs ont été relancés le 9 mai 2009 et ont été soumis à des tests avant une remise en service durant l’été 2009, après que Tepco (Tokyo Electric Power) ait pu démontrer qu’il n’y avait pas eu de dommages structurels importants. Source : Japoninfos.com]

"C’est la loi de Murphy (voir le lien ci-dessous) : ce qui nous pend au nez finit toujours par arriver. En cas de problème, il est prévu que du personnel (militaires, pompier, secouristes, etc) soit réquisitionné. Il devrait normalement y avoir une liste de volontaires mais personne ne l’est ! On ne pourra pas faire comme à Tchernobyl où ils ont obligé des milliers de professionnels à se sacrifier... S’il y a un accident, ce sera ingérable. On met sur la population des épées de Damoclès tout ça pourquoi ? Pour se chauffer pour pas trop cher et pour que les églises soient éclairées la nuit... Donc les gens sont contents et imaginent qu’ils vivent dans un certain confort grâce à cela. C’est du bourrage de crâne !" "Parce que l’uranium rend la France dépendante"

"L’uranium, dont on dépend, vient d’Australie, du Canada et du Niger. Mais le minerais, il y en aura de moins en moins et il sera de plus en plus difficile à purifier (*1). Au rythme d’extraction actuelle, il ne devrait plus y en avoir d’ici 2030 (*2). Le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable, elle est fossile comme le reste. De plus, cela signifie également que nous n’avons aucune dépendance énergétique contrairement à ce qu’on nous raconte. Nous dépendons de la stabilité des pays où l’uranium se trouve (*3), de même que pour le pétrole : le dernier exemple en date est le coup d’État au Niger (en février 2010 - voir le lien ci-dessous)... Cet argument de l’indépendance est donc totalement bidon !"

[(1*) L’uranium est extrait notamment au Canada, en Russie, au Kazakhstan, en Namibie et au Niger. Il est néanmoins trop peu concentré pour être utilisé directement dans les centrales nucléaires de type Pressurized Water Reactor. Une fois extrait d’une mine souterraine ou à ciel ouvert, le minerai d’uranium est transporté vers une usine de traitement. Cette étape permet d’obtenir un concentré d’uranium, le "Yellow cake", avant d’être enrichi en uranium 235. Source : Areva et wikipédia]

[(2*) Les besoins en uranium qu’il faudra satisfaire en 2030 se situeront entre 94 000 tonnes et 122 000 tonnes, si l’on continue d’exploiter le même type de réacteurs qu’aujourd’hui. Les réserves identifiées à ce jour seront à même d’alimenter cette croissance. Avec le déploiement des technologies de réacteurs et des cycles du combustible avancés, ces réserves pourraient répondre à la demande pendant des milliers d’années. Source : statistiques selon 40 pays réalisées par l’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire et l’Agence internationale de l’énergie atomique]

[(2*) Selon la World Nuclear Association (WNA), organisation non gouvernementale basée à Londres et qui rassemble tous les acteurs (producteurs et consommateurs) du marché, les réserves d’uranium sont estimées à plus de 2 millions de tonnes pour un coût de production inférieur à 40$ (29 euros) par kg d’uranium, correspondant à 30 ans de fonctionnement des réacteurs actuels. Si l’on considère un coût de production jusqu’à 80$ (60 euros) par kg, le montant des réserves peut être doublé, soit plus de 60 ans de consommation du parc actuel (il est à noter qu’un passage, si celui-ci était jugé nécessaire, à la technologie des réacteurs à neutrons rapides, qui peuvent valoriser l’ensemble des isotopes de l’uranium et non le seul uranium 235, permettrait de multiplier ces dernières réserves par un facteur 50. Source : alternatives.areva.com]

[(3*) En France, l’extraction du minerai d’uranium s’est achevée en 2001, à la suite de l’épuisement des gisements économiquement exploitables. L’uranium extrait en France provient de 210 sites miniers répartis sur l’ensemble du territoire. Source : Areva] "Parce que personne ne sait quoi faire des déchets nucléaires..."

"On a su faire décoller un avion mais on ne sait pas le faire atterrir... Le nucléaire c’est une une bonne idée dans la mesure où au départ, ils avaient promis qu’ils allaient neutralisé les déchets mais ce n’est pas le cas. Cela fait cinquante ans qu’on nous promet que la transmutation des déchets va être réussie mais ça ne marche pas : on ne sait pas les rendre inoffensifs. Nous savons juste faire du MOX (matières - uranium et plutonium - recyclées sous forme de combustible) qui recyclent 7% des déchets. Les déchets les moins dangereux peuvent à la rigueur être stockés en surface (*1) mais pour les déchets à vie longue et hautement radioactifs, personne ne sait quoi en faire."

[(1*) L’Andra est chargée par la loi du 28 juin 2006 de publier et de mettre à jour tous les trois ans l’Inventaire national des matières et déchets radioactifs. Il permet le recensement et la localisation de l’ensemble des déchets radioactifs présents en France. Ainsi, fin 2007, on recense 1121 sites sur lesquels on trouve des déchets radioactifs. Plus de 90% de la radioactivité de ces déchets est concentrée sur les sites de La Hague dans la Manche et de Marcoule dans le Gard. Les déchets radioactifs sont variés : déchets de haute activité, de moyenne activité à vie longue, de faible et moyenne activité à vie courte, de faible activité à vie longue, de très faible activité.

Leurs caractéristiques diffèrent d’un déchet à l’autre : nature physique et chimique, niveau et type de radioactivité, durée de vie... En France, la classification des déchets radioactifs repose sur deux paramètres : le niveau de radioactivité et la période radioactive Source : Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.] "... et parce que tout le monde cherchent à les enterrer ou à les recycler"

"Donc le but, c’est de les enterrer. Avant, ils les balançaient dans la mer : les Français et les Anglais faisaient cela. Depuis, une partie des déchets français sont stockés en surface à la Hague et à Pirrelatte, et les autres sont enfouis en Russie à Tomsk. Pour les moins dangereux, ils sont stockés à Soulaines dans l’Aube (*1). Pour ces derniers, un arrêté a été pris récemment en France pour qu’ils puissent être dilués afin de les recycler dans la matière (3*) : dans les bétons d’autoroute, dans le métal des voitures, des vélos et des casseroles. On va vous dire que cela est moins dangereux que de passer une radiographie pulmonaire. Et ce n’est pas faux quelque part mais ça finit par cumuler l’exposition à la radioactivité."

[(2*) Le site de stockage de déchets nucléaires de Soulaines dans l’Aube, qui a pris le relais de celui de la Hague pour le stockage des déchets de faible moyenne activité, rejetterait des substances radioactives. "Dès l’ouverture (en 1992), on peut démontrer qu’il y a eu des rejets radioactifs liquides et gazeux", a indiqué Michel Marie, du Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs (Cedra, à l’origine de l’étude). "Dans l’enquête publique avant l’ouverture, on a vendu ce site à la population en lui certifiant qu’il n’y aurait pas de rejets radioactifs".

"Il y a toute une série de points sur lesquels les informations ne sont pas correctes", a indiqué l’auteur de l’étude, Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et membre de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité. On voudrait calculer l’impact sanitaire du site de Soulaines. Or les chiffres de l’Andra (ndlr : Agence nationale pour la gestion des déchet radioactifs, qui gère le site) ne sont pas exhaustifs". Un responsable de l’Andra, Francis Chastagner, a répondu à la presse qu’il y avait "des rejets mais en-dessous des normes". En mai, Greenpeace avait dénoncé "une contamination non-expliquée de la nappe phréatique sous le site de Soulaines". Source : Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité et Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs]

[(3*) En 2002, deux garanties essentielles pour la protection du public contre les dangers des rayonnements ionisants ont été inscrites dans le Code de santé publique : l’interdiction d’ajouter délibérément des substances radioactives dans les aliments, les biens de consommation et les produits de construction (cf. article R.1333-2) ; l’interdiction d’utiliser des matériaux et des déchets provenant d’une activité nucléaire – et qui sont contaminés ou susceptibles de l’être – pour la fabrication de biens de consommation et de produits de construction (cf. article R.1333-3).

Mais le 5 mai 2009, un arrêté ministériel a instauré une procédure de dérogation à ces interdictions, une procédure particulièrement laxiste. Cet arrêté a été publié en dépit d’un avis défavorable de l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Cinq produits seulement sont exclus des dérogations et protégés des contaminations radioactives : 1/ les aliments ; 2/ les produits cosmétiques ; 3/ les parures ; 4/ les jouets ; 5/ les matériaux en contact avec les aliments et les eaux. Le 10 juillet 2009, la Criirad a adressé au Conseil d’Etat un recours pour excès de pouvoir. La demande d’annulation de l’arrêté est basée sur des arguments de légalité interne et externe. La procédure est en cours et la Criirad encourage les citoyens à réagir. Source : La Criirad)] Parce que le nucléaire est traitre...

"L’avantage du nucléaire est qu’il ne se voit pas, ne se sent pas, ne s’entend pas. Ce n’est pas comme une marée noire ou un incendie qui peuvent choquer l’opinion..."

Voir en ligne : http://www.dijonscope.com/005409-nu...