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Poème alsacien de Ronald Euler

En 1986, la connaissance de l’allemand nous a permis d’avoir accès à des informations autres que celles, mensongères, propagées par nos instances officielles. Alors que chez nous, il n’y avait aucun risque, nos voisins d’outre-Rhin demandaient à leurs citoyens, entre autres, de ne pas consommer de légumes du jardin et de ne pas laisser jouer leurs enfants dans les bacs à sable, si mes souvenirs sont exacts.

Ronald Euler

 

26.4.1986

nix isch passiert
wenn schunn
isch s nitt so schlimm
dr stress màcht krànk
sawe se
un lijje s blo vàm himmel

de kàhle kinnerképp
fröwe unsri stummi seel
wàs los isch
un schlicke s wittersch enà
un schnüfe s dà un nàcht in

es gitt kën enüss

làngsàm un sicher
nawt s ne de knoche àb
süggelt s ne de sàft eweg

frih odder spot
schlàt s ne de zukunft zegrund

unsre krebbs
un krippel
kinn

awwer diss isch ne gràd schissegàl

de atomhinn

es
isch
jo
bloß
e
beeser
tràm

 

26.4.1986

rien ne s’est passé / et même si / ce n’est pas tellement grave / le stress rend malade / disent-ils / et mentent le bleu du ciel // les têtes chauves des enfants / demandent à notre âme muette / ce qui se passe / et continuent de l’avaler / et de le respirer jour et nuit // il n’y a pas d’issue // lentement et sûrement / cela leur ronge les os / leur suce la sève // tôt ou tard / cela leur fout l’avenir en l’air // à nos enfants / cancéreux / et difformes // mais ça leur est foutrement égal // aux chiens de l’atome // c’est / tout / juste / un / mauvais / rêve