Sud-Ouest.com - 25 avril 2008

Par JC Wasner
Tchernoblaye met en cause le système de prévention incendie de la centrale du Blayais (33). La direction rassure : les réparations sont en cours

Stéphane Lhomme : « Une centrale nucléaire n’est pas une usine de chaussures »

Ecoutez l’interview de Stéphane Lhomme en cliquant ici.

« La double détection des groupes électrogènes LHP et LHQ des réacteurs 1 et 2 ne fonctionn[e] en alarme incendie que lorsque les détecteurs de fumée et de flamme [sont] en alarme simultanément. [...]Les inspecteurs ont constaté que la présence de véhicules à moteur dans le hall de circulation de la salle des machines des réacteurs 1 et 2 était d’usage courant. [...] Un camion citerne contenant de l’huile effectuait un dépotage dans la partie de la salle des machines du réacteur 1 sans mesures de préventions particulières. » Ces quelques lignes alarmantes sont extraites de la lettre de suite adressée au directeur du CNPE (Centre Nucléaire de Production d’Electricité) du Blayais par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) à la suite d’une inspection inopinée les 2 et 3 avril derniers.

Voir le document de l’ASN

Il n’en fallait pas plus à Stéphane Lhomme et à l’association Tchernoblaye (qu’il préside) pour tirer une nouvelle fois la sonnette d’alarme et demander aux pouvoirs publics la sortie du nucléaire. A l’occasion de la commémoration de la catastrophe de Tchernobyl vendredi 25 avril à Bordeaux (à 17 heures, place de la comédie), Stéphane Lhomme reprend à son compte les arguments de l’ASN et s’inquiète des « dysfonctionnements importants » dans un des bâtiments de la centrale.

Son de cloche très différent auprès de Luc Himpens, directeur délégué technique du CNPE du Blayais. Les remarques présentes dans la lettre de suite ne concernent que les parties industrielles ou administratives du complexe, mais en aucun cas la partie nucléaire. « Les groupes électrogènes des réacteurs 1 et 2 sont situés dans des bâtiments attenants au bâtiment réacteur. Mais ces deux bâtiments sont tout à fait hermétiques », indique M. Himpens. Même explication concernant le « camion citerne contenant de l’huile » et effectuant « un dépotage [...] sans préventions particulières » : « Il n’y a pas de stationnement de ces véhicules dans la salle des machines, juste quelques passages. Et de toute façon, la salle des machines ne se trouve pas dans le bâtiment réacteur, la partie nucléaire de la centrale », ajoute le directeur délégué technique.

Quant aux alarmes incendie défaillantes des bâtiments administratifs, les réparations sont d’ores et déjà en cours. Comprendre : tout va bien puisqu’aucune remarque n’est faite sur la partie nucléaire du complexe. Pourtant, tout n’est pas rose : l’ASN demande la mise en place de onze actions correctives (« des améliorations » pour M. Himpens) sous deux mois, dont certaines déjà demandées par le passé et qui n’ont été réalisées que partiellement. L’ASN devrait réaliser une vingtaine de contrôle cette année à la centrale du Blayais. Ce ne sera pas inutile.